De tous les historiens de Napoléon, le premier, Stendhal, a vu en lui un type analogue aux condottieri et aux petits princes de 1400 en Italie, aux Sforza, aux Piccinino, aux Castruccio Castracani, etc .., âmes héroïques, âmes d’hommes d’action et d’aventuriers. Taine a fait de lui un monstre au Moi colossal. Il a forgé un être d’airain à l’imagination constructive, dont le cerveau était un triple atlas, mais cette lourde et imposante machine, au mécanisme savant, n’est pas l’Empereur, car elle est trop rigide, car elle est privée d’inconscience, c’est à dire de vie. Maurice Barrès l’a dessiné d’un trait vigoureux. Il a dit de Napoléon : « C’est un professeur d’énergie ! » Le mot est juste. Mais où Napoléon a-t-il puisé cette énergie surabondante dont il a enivré ses contemporains ? Le sol de la Corse, cette terre de granit, a donné la trempe à son caractère ; la solitude, dans les écoles militaires, au régiment, a aiguisé sa sensibilité, développé son orgueil, fortifié son esprit ; la lecture quotidienne et passionnée des Chroniques de la Corse, a exalté son âme, engendré un fougueux enthousiasme pour la gloire, l’idéal militaire ; et enfin sa participation aux luttes des factions à Ajaccio l’a initié aux subtiles finesses, aux ruses, aux astuces, aux intrigues enchevêtrées des combinazioni italiennes. Ainsi la Corse a non seulement donné le jour à Napoléon, mais elle l’a aussi pétri à son image...
(Extrait Le tempérament corse de Napoléon - JB Marcaggi)